La hausse des prix de la tuile semble pratiquement inarrêtable depuis les années 2020, et s’accentue clairement sur les derniers mois. Au point où la tuile mécanique, couverture de toit incontournable sur le marché, pourrait bien devenir un matériau haut de gamme. Comment a évolué le prix de la tuile ? Pourquoi les hausses de prix continuent de se répercuter sur le marché ? Et quelles sont les solutions à moyen ou long terme pour les couvreurs, comme pour leurs clients ?
Comprendre la hausse du prix de la tuile
Si nous avons déjà évoqué l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur le prix des matériaux plus tôt cette année, force est de constater que la hausse des prix sur le marché du BTP est loin d’être un problème du passé !
Pourquoi le prix de la tuile explose ?
Comme nous l’évoquions déjà dans notre précédent article sur le sujet, la hausse du coût des matériaux, dont la tuile, est principalement liée à celle du coût de l’énergie.
La tuile est particulièrement impactée de par son procédé de fabrication :
- Fabrication particulièrement énergivore : les tuiles de terre cuite sont faites à partir d’argile, et chauffées à très hautes températures (900 à 1100°) dans des fours (généralement au gaz naturel). En conséquence directe, leur coût de production est directement lié à celui de l’énergie, ô combien volatil ces dernières semaines.
- Utilisation de fours en feu continu : la majorité des fours à tuiles industriels sont des fours tunnels, conçus pour chauffer en permanence. La montée en température de ces fours est tellement longue qu’il est nécessaire de les laisser allumés en continu, car le fait de les éteindre gaspillerait une quantité énorme de temps et d’énergie. Les fabricants de tuiles ne peuvent donc pas décider d’arrêter la production à loisir quand les coûts du gaz sont trop élevés
Avec un coût du baril de pétrole qui augmente de 50 à 70 % depuis le Conflit au Moyen-Orient, il est évident que le prix d’achat d’une tuile ne pouvait pas rester fixe.
Notez bien que de nombreux autres matériaux sont concernés par cette hausse, qu’il s’agisse des matériaux énergivores à produire (briques, carrelage, ciment et béton, etc.) ou des matériaux à base de pétrole (polystyrène, PVC, bitume, etc.).
Ajoutez à cela une hausse liée au coût des transports et livraison des matériaux, eux aussi impactés par le prix du pétrole ou du gaz !
Bon à savoir : les mêmes raisons, couplées à un arrêt des productions, avaient entraîné une pénurie de tuiles en 2023.

La tuile de terre cuite, symbole de l’envol du coût des matériaux
En tant qu’entreprise de rénovation de toiture à Paris et dans sa région, l’un des matériaux qui nous préoccupe le plus ces dernières semaines (pour ne pas dire mois, voire années !) est bien la tuile de terre cuite.
Et pour cause, la tuile à emboitement est l’un des matériaux les plus impactés par les hausses de coûts successives, même s’il est loin d’être le seul.
Or, les toitures en tuiles sont les plus populaires sur le marché de la couverture en France, que ce soit en neuf ou en rénovation. On considère que 70 à 80 % des toitures françaises sont couvertes de tuiles.
Il faut dire que les toits en tuiles sont réputés pour leur excellent rapport qualité/prix, avec une durée de vie qui dépasse généralement les 50 ans pour un coût considéré comme abordable.
Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ?
L’évolution du prix de la tuile depuis 2020
Pour parler de manière plus concrète des évolutions de prix d’une toiture en tuiles, il paraît utile de s’intéresser au marché de la couverture sur les dernières années.
Les évolutions de l’index BT32 (couvertures et accessoires en tuiles en terre cuite)
Une première source évidente est l’index BT32, un indicateur officiel publié mensuellement par l’INSEE et qui mesure l’évolution du coût des chantiers de couverture en tuiles de terre cuite.
Cet index englobe le coût des matériaux, de la main d’oeuvre et des frais divers, et est notamment utilisé pour réviser les prix dans les contrats de travaux et appels d’offres.
Entre janvier 2018 et mars 2026 (période de 8 ans et 2 mois), cet indice a augmenté de 31 %, soit un taux de croissance annuel moyen de 3,5 %. Ce glissement annuel était de 2,91 % entre mars 2025 et mars 2026, mais il y a fort à part qu’il augmente considérablement dans les mois à venir.
En termes plus concrets, et toujours d’après l’index BT32, cela signifie qu’une toiture en tuiles facturée 15 000 € TTC en janvier 2018, coûte 19 650 € TTC en mars 2026.

Combien coûte une tuile ?
Si l’index BT32 a l’avantage d’être une source officielle, notre expérience de couvreur tend à anticiper une hausse des coûts autrement plus conséquente.
Et pour cause, les entreprises du BTP ont historiquement toujours des difficultés à anticiper les hausses des coûts des matériaux, si bien que l’index BT32 nous semble être une sous-évaluation des coûts réels liés aux couvertures en tuiles de terre cuite.
Si on s’intéresse purement à la tuile, le matériau de base, l’évolution de ses coûts est nettement supérieure à celle de l’indice BT32. À référence identique, on identifie des hausses de coût qui peuvent dépasser les 100 %.
Alors que le prix d’une tuile dépassait rarement les 0,90 € en 2018, les coûts moyens se situent davantage autour de 2 à 3 € par tuile en juin 2026. Les fournisseurs évoquent par ailleurs des prix unitaires qui pourraient dépasser les 5 € sur le second semestre 2026, sans aucune visibilité sur une éventuelle baisse des coûts.
De telles hausses successives finiront forcément par avoir un impact conséquent sur l’attractivité de la tuile, dont le prix d’achat risque rapidement de dépasser le prix d’un toit en ardoise, voire en zinc.

Vers la fin des toitures en tuiles ?
Du fait de la situation actuelle, on peut librement s’interroger sur l’évolution du marché de la couverture, et spécifiquement de la tuile de terre cuite.
Les solutions des fabricants de tuiles
Dans un premier temps, ce sont bien évidemment les fabricants qui s’interrogent sur des manières de maîtriser les coûts de production.
Edilians a par exemple récemment investi dans un four nouvelle génération, pour réduire sa consommation en gaz. Si l’enjeu est également de réduire les émissions de CO2, la maîtrise des coûts de fabrication reste essentielle pour l’avenir du matériau.
On peut également s’attendre à de nouveaux produits, peut-être avec l’ajout d’adjuvants ou d’éléments qui pourraient accélérer la cuisson de la tuile de terre cuite, au risque peut-être de dénaturer le matériau…
Faut-il chercher des alternatives à la tuile ?
S’il est encore très tôt pour annoncer la fin des couvertures en tuiles, d’autant plus que les conditions tarifaires à venir sont encore incertaines, force est de constater que le marché de la couverture risque forcément d’être modifié par les évolutions de coûts successives.
Des solutions autrefois jugées haut de gamme, comme l’ardoise ou le zinc, pourraient ainsi devenir concurrentielles face à la tuile traditionnelle.
Le marché va également très certainement se pencher sur des solutions biosourcées, comme la toiture végétale, le liège ou pourquoi pas le toit de chaume, dont les filiales sont nettement moins impactées par les hausses de coût des énergies.